Récit de Seychelles – Partie 2

La Digue

La deuxième partie de notre voyage nous a mené sur l’île de La Digue où nous avons passé 6 jours. Là encore, le transfert s’est fait par bateau, 15 petites minutes depuis Praslin, ce fut rapide! Un taxi, une des rares voitures circulant sur l’île, nous a ensuite conduit à notre nouvel hôtel d’où la vue sur la mer et la plage Anse Patate était un émerveillement chaque jour!

Sur La Digue, les voitures sont rares, tout ce fait surtout à vélo, en une journée, on peut facilement faire le tour de l’île en faisant des pauses. Nous avons loué nos vélos à notre hôtel, mais nous avons appris que nous aurions du les louer à des particuliers, les prix étant beaucoup plus intéressants. Peu importe, nous avons pu ainsi être mobile et aller où nous voulions quand nous voulions.

Anse Patate

La Digue est une île aussi particulièrement humide et nos 6 jours là nous ont paru parfois vraiment longs. On nous avait conseillé de rester longtemps, mais je dirais que 3/4 jours suffisent finalement amplement. Mais pas de regrets, nous avons pu aussi en profiter pour nous détendre :).

Nos balades en vélo nous ont permis de découvrir quasiment toute l’île. Notre première excursion nous a mené à la célèbre plage Anse Source d’Argent, accessible par le domaine de l’Union Estate, et la seule plage payante des Seychelles. Plage de rêve avec elle aussi ses rochers granitiques où il ne faut par contre pas espérer pouvoir réellement se baigner. La plage est en effet protéger par une barrière de corail et ainsi le niveau de l’eau n’atteint pas les un mètre de haut sur une longue distance et les vagues y sont ridicules. Ceci dit, c’est une plage idéale pour les enfants.

Nos autres excursions nous ont mené entre autre sur la côte Est de l’île, très sauvage , ou encore dans les deux villes principales La Passe et La Réunion. Nous avons une nouvelle fois consacré une journée à une excursion en catamaran, cette fois uniquement orientée sur la plongée. Malheureusement nous n’avons pas vu beaucoup de poissons, la mer étant ce jour-là pas mal agitée.

Anse Source d’Argent

Mahé

Nous avons passé nos derniers jours aux Seychelles sur l’île principale de Mahé.

Nous avons passé la majeure partie de notre temps sur la plage Beau Vallon en nous promenant du Nord au Sud pour découvrir différentes petites villes et surtout profiter de cette magnifique plage avec ces eaux calmes et turquoises la journée, et de superbes couchés de soleil le soir venu.

La plage de Beau Vallon

Bien sûr nous avons passé quelques heures à visiter la capitale du pays : Victoria, plus petite capitale du monde. Et ça se sent car il n’y a pas grand chose à faire et à voir. Nous avons d’abord commencé par une des attractions pour les touristes : le marché couvert avec au rez de chaussée les produits frais que les locaux viennent acheter, et à l’étage les boutiques de souvenirs parfaites pour les touristes.

Nous avons aussi vu les deux monuments de la ville : un temple hindous aux milles couleurs et une réplique miniature et argentée de Big Ben.

Temple Hindous

Petit Big Ben

 

Puis est venu le dernier jour, où il a fallu faire nos valises et repartir pour l’Allemagne. Nous ramenons avec nous de merveilleux souvenirs, de superbes images et le bonheur d’avoir pu réaliser ce dernier rêve de voyage avant de fonder notre famille.

[ Plus de photos ]

Publicités

Récit des Seychelles – Partie 1

Cet été a été riche en émotion, notamment grâce à mon voyage de noces : deux semaines passées aux Seychelles sur plusieurs îles! Cette semaine et la semaine prochaine, je vous raconte mes découvertes sur ce petit paradis sur Terre! Pour commencer, un petit aperçu d’Abu Dhabi où nous avons fait escale et Praslin, la deuxième plus grande île des Seychelles. Avant de commencer, voici une carte des Seychelles afin de repérer les différentes îles.

Abu Dhabi

Nous sommes partis de Francfort un soir pour voler de nuit, ayant fait un nuit blanche, j’ai pu admirer les paysages endormis et le ciel qui brillait de milles étoiles! Nous avons fait une escale à Abu Dhabi et ce n’était finalement pas plus mal car cela coupe le voyage et pour ma part (enceinte), cela m’a permis de pouvoir me dégourdir les jambes. Nous sommes arrivés à Abu Dhabi au petit matin et nous avons pu voir le lever du soleil sur la ville d’Abu Dhabi et le désert. C’était fascinant de voir ce paysage, tellement sec, mais où l’humain arrive à vivre! Au sol, à 6h, il faisait déjà environ 50° au soleil! A notre départ pour les Seychelles à 8h, il en faisait 60°, la chaleur était déjà écrasante et j’admire vraiment les locaux qui supportent ça toute l’année! D’Abu Dhabi, nous avons pu voir quelques bâtiments symboliques de l’avion et une ville qui semble aride comme le désert alentour, coupé par de longues routes toutes droites. Nous n’en avons pas vu beaucoup, certes, mais finalement, cela suffit pour une première approche.

Lors du second vol, j’ai enfin pu dormir (après 24 heures sans dormir, il était temps!) et quand je me suis réveillée, nous survolions la mer turquoise des Seychelles. Peu de temps après nous avons atterri à Mahé, l’île principale des Seychelles, mais notre voyage était loin d’être terminé. En effet, nous avons ensuite rejoint le port de Mahé pour prendre un bateau direction Praslin. Après une heure et une mer un peu capricieuse (nous avons quand même réussi à la survivre sans vomissement au contraire de beaucoup d’autres, mais il était temps d’arriver!), un dernier transfert en taxi, nous sommes enfin arrivés à notre premier hôtel. Après 24h de voyages, nous étions contents d’en avoir enfin fini!

Praslin

Lors de notre premier jour sur Praslin, nous nous sommes surtout détendus, en marchant un peu sur la plage de l’hôtel puis en nous rendant à Grand’Anse, une ville pas très loin non plus. Mais déjà nous avons pu découvrir combien les Seychellois sont gentils et accueillants. Ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais ils sont plus heureux que nombre d’Européens de ma connaissance! Et ils sont extrêmement fiers de leur pays!

Notre première excursion nous a amené à Anse Lazio, une des plus belles plages du monde connues pour ces rochers échoués sur la plage. Avant de rejoindre la plage, nous sommes passés devant un enclos avec des tortues des Seychelles, les plus grandes d’entre elles ayant 100 ans, ça force le respect! En plus, elles sont loin d’être timides, au contraire, elles viennent voir les gens, aiment recevoir à manger et sont curieuses comme tout :). Nous avons ensuite rejoint la plage, une carte postale vivante : le ciel bleu, la mer turquoise tellement claire qu’elle en paraît transparente à certains endroits, le sable blanc hyper fin et les fameux rochers rouges! Dans l’eau, des poissons de plusieurs couleurs qui eux aussi ne sont pas effrayés par les nageurs, au contraire, plusieurs sont venus « goûter » à nos jambes!

Anse Lazio

Un autre jour, nous avons participé à une excursion organisée par notre agence sur un catamaran. Nous nous sommes d’abord rendus près de l’îlot St Pierre pour faire de la plongée. Le temps n’était pas au beau fixe (la pluie s’invitera à plusieurs reprises dans la journée) et la mer était un peu agitée, mais j’ai quand même pu voir de beaux poissons colorées et quelques étoiles de mer et oursins. Une fois notre trempette terminée, le catamaran s’est rendu vers une autre île, Curieuse, où nous avons accosté pour faire une petite randonnée d’une heure. Au départ de la randonnée, nous avons d’abord découvert de nombreuses tortues en liberté et comme les autres, curieuses et affamées :). Notre guide nous a également parlé du Coco de mer, l’arbre emblématique des Seychelles qui ressemble particulièrement à l’homme, notamment en ce qui concerne ses organes génitaux, je vous laisse en juger par vous même avec la photo ci-dessous 😉

Le Coco de mer

Lors de la randonnée, la guide nous parlé un peu de l’île et des Seychelles en général et nous avons ensuite rejoint le bateau pour y prendre le déjeuner. Une fois rassasiés, le catamaran a pris la direction de notre dernière halte de la journée, la plage Anse Georgette, que nous avons pu rejoindre à la nage! Il a fallu produire un petit effort, mais cela en valait la peine!

Pour notre dernière journée sur Praslin, nous sommes allés à la forêt tropicale Vallée de Mai inscrite au patrimoine mondiale de l’Unesco. C’est une forêt originale qui n’a pas été modifiée depuis que l’homme l’a découverte. Une sacré expérience et une forêt qui ne ressemble en rien à celles que l’on connaît, modifiées par la main de l’Homme. Cette promenade en forêt tropicale est l’occasion de découvrir le Coco de Mer dans son état naturel ainsi que pas mal d’autres végétaux et animaux des Seychelles.

Le lendemain, notre séjour sur Praslin touchait déjà à sa fin et nous avons pris le bâteau, direction La Digue cette fois. Voilà pour cette première partie de récit. Je vous laisse avec quelques photos et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la suite ;).

Anse Lazio

Une tortue de l’île Curieuse

La Vallée de Mai, forêt tellement épaisse qu’il y fait très sombre en plein jour

[ Plus de photos ici ]

L’eau de la vie

Bonjour! C’est avec grand plaisir que je vous retrouve en cette rentrée 2017 et une fois n’est pas coutume, je vous propose pour débuter ce mois un conte des frères Grimm 🙂

Il était une fois un roi qui tomba malade et nul ne crut qu’il en réchapperait. Il avait trois fils qui l’aimaient beaucoup et en furent très affectés.
Un jour qu’ils se trouvaient dans le jardin du palais et se lamentaient, ils virent -venir à eux un vieillard qui leur demanda le sujet de leur chagrin. Ils lui apprirent que leur père était très malade, que les remèdes n’étaient d’aucune efficacité, et que certainement il ne se rétablirait pas.

Le vieux leur dit alors:
– Je connais un remède, c’est l’eau de vie; votre père guérira s’il en boit, mais il n’est pas facile à trouver.
L’aîné dit:
– Je la trouverai bien moi.
Il se rendit auprès du roi malade et lui demanda L’autorisation de se mettre à la recherche de ce remède souverain. Mais le roi lui répondit qu’il préférait mourir plutôt que de consentir à ce que son fils s’exposât aux dangers de cette expédition. Cependant le prince insista tant que le roi céda. Le jeune homme se disait:  » Si je rapporte cette eau à mon père, je deviendrai le préféré et hériterai de la couronne.  »

Il se mit donc en route, et, après avoir longtemps chevauché, il trouva sur sa route un nain qui lui demanda où il allait si vite:
– Méchant nain, cela ne te regarde pas, lui répondit-il avec hauteur. Et il continua sa route.
Mais le, petit homme fut irrité de cette réponse et il lui jeta un sort. Le prince s’engagea bientôt entre deux montagnes, dans une gorge qui se resserra tellement qu’il ne, put bientôt plus avancer, il lui fut également impossible de revenir sur ses pas. Il voulut mettre pied à terre, impossible encore, il demeura donc dans cet état d’immobilité. L’auguste malade l’attendit longtemps, mais il ne revint pas.

Le second prince demanda alors à son père l’autorisation de se mettre, à la recherche de l’eau salutaire. Le roi refusa également tout d’abord, mais il finit par céder.
Le jeune homme prit donc le même chemin, et rencontra le même nain qui l’arrêta également et lui demanda où il se rendait avec tant de hâte.
– Méchant nain, cela ne te regarde pas, lui répondit le second prince. Et il s’en fut sans se retourner.
Mais le nain lui jeta également un sort et il s’engagea comme son frère dans une gorge d’où il ne put sortir. C’est le lot des orgueilleux.

Voyant que ses frères ne revenaient pas, le troisième, prince sollicita à son tour l’autorisation de se mettre à la recherche de l’eau de vie et son père dut le laisser partir.

Il rencontra également le nain, et quand celui-ci lui demanda où il se rendait en si grande hâte, il arrêta son cheval et lui répondit obligeamment:
– Je suis en quête de l’eau de vie, car mort père est à l’agonie.
– Sais-tu où la trouver lui demanda le petit homme.
– Non, répondit le prince.
– Je vais te l’apprendre et te dire comment tu y arriveras, puisque tu t’es mieux conduit que tes frères. L’eau de vie jaillit d’une fontaine qui se trouve dans la cour d’un château enchanté; tu n’y accéderas pas sans une baguette de fer et deux petits pains que je vais te remettre. Avec la baguette tu frapperas trois fois à la porte de fer du château et elle s’ouvrira; à l’intérieur tu verras deux lions qui voudront te dévorer. En leur jetant à chacun un pain, ils se calmeront, tu te hâteras alors d’aller chercher l’eau de vie avant que sonnent douze coups, car à ce moment-là la porte se referme et tu te trouverais emprisonné.
Le prince remercia avec effusion, prit la baguette et les pains et suivit sa route. Il arriva à destination et trouva tout comme le nain le lui avait prédit. La porte s’ouvrit au troisième, coup de baguette, et, après avoir apprivoisé les lions avec le pain, il pénétra dans le château. Il entra dans une grande, salle richement décorée où étaient assis des princes enchantés. Il retira leurs bagues de leurs doigts et prit un pain et un glaive qui se trouvait là.

Il vit dans une autre salle une charmante princesse qui se réjouit à sa vue, l’embrassa et lui annonça qu’il avait détruit le sort qui pesait sur elle.
Elle lui dit de revenir dans un an, qu’à cette époque leurs noces seraient célébrées et qu’il aurait son royaume.
Elle lui indiqua l’endroit où se trouvait l’eau de vie et l’engagea à se hâter d’en puiser avant que les douze coups ne retentissent. Il alla plus loin et arriva enfin dans une chambre où il vit un lit de repos; harassé de fatigue, il voulut s’y reposer un moment. Il s’y allongea et s’endormit; onze heures trois quarts sonnaient quand il s’éveilla. Il se leva et se précipita vers la fontaine. À l’aide d’un gobelet qu’il y trouva, il puisa de l’eau et s’en retourna en hâte. Il atteignait la porte quand retentirent les douze coups, et celle-ci se referma avec une telle violence qu’elle lui emporta un morceau de talon.

Mais, heureux de posséder l’eau bienfaisante, il prit le chemin du retour et repassa devant le nain. En Voyant le glaive et le pain, celui-ci lui dit:
– Tu as été heureusement inspiré en emportant cela: avec le glaive tu détruiras des armées, et le pain ne s’épuisera jamais.
Cependant le prince ne voulait pas retourner près de son père sans, ses frères et dit:
– Cher nain, ne pourrais-tu m’apprendre où je trouverai mes frères? Ils sont partis avant moi à la recherche de l’eau de vie: et ne sont pas revenus.
– Ils sont pris entre deux montagnes, dit le nain, c’est moi qui leur avais jeté le sort à, cause de leur orgueil.
Le prince le supplia tant qu’il les relâcha, mais le nain lui dit:
– Méfie-toi d’eux, car leur cœur est mauvais.
En voyant ses frères il éprouva une grande joie et leur rendit compte de son aventure:
Il avait trouvé la fontaine avec l’eau de vie et en avait pris un gobelet – il avait conjuré le sort qui pesait sur une belle princesse qui attendrait un an pour l’épouser et lui donner un grand royaume.

Ils s’en retournèrent tous les trois et arrivèrent dans un pays où sévissaient la guerre et la famine, et que son roi crut livré à l’extermination, tant la misère y était grande.
Le prince se rendit auprès du souverain et lui remit le pain qui alimenta tout son royaume, et le glaive à l’aide, duquel il battit les armées ennemies.
La paix et le bonheur rétablis, le prince reprit le pain et le glaive, et les trois frères continuèrent leur chemin.
Mais ils traversèrent encore deux royaumes où régnaient également la guerre et la famine. A chacun des rois le prince confia le pain et le glaive, et sauva ainsi trois royaumes.
Ils s’embarquèrent ensuite, et prirent la voie de mer.

Pendant la traversée, les deux aînés se dirent entre eux que leur frère ayant trouvé l’eau de vie, leur père lui donnerait le royaume qui leur revenait. Ils ne purent en supporter la pensée et résolurent sa perte. Ils attendirent qu’il fût profondément endormi et enlevèrent l’eau vitale de sa gourde qu’ils remplirent d’eau de mer.
Dès qu’ils furent rentrés à la maison, le jeune prince fit boire son père de son eau, mais quand il eut pris quelques gorgées de l’eau salée, le roi se trouva plus mal qu’auparavant. Les deux aînés survinrent tandis qu’il se lamentait.
Ils accusèrent leur frère d’avoir tenté d’empoisonner le roi, disant qu’ils apportaient la véritable eau de vie qu’ils lui tendirent. Aussitôt qu’il en bu, le roi sentit son mal se dissiper et il recouvra les forces de sa jeunesse.

Les deux aînés se moquèrent de leur cadet et ils lui dirent:
– Tu as, en effet, trouvé l’eau de vie, mais tu n’as eu que la peine, tandis que nous jouissons de la récompense; tu aurais dû être plus avisé et plus vigilant: nous te l’avons prise, tandis que tu dormais durant la traversée. Dans un an, c’est l’un de nous qui ira chercher la belle princesse. Mais prends garde de rien révéler de ce que tu apprends; notre père ne te croira pas d’ailleurs . De plus, si tu cherches à nous trahir, tu perdras la vie; tu demeureras sauf si tu te tais.
Cependant le, vieux roi crut que son plus jeune fils avait voulu attenter à sa vie, et il lui en témoigna de la colère. Il convoqua son conseil qui émit l’avis de faire fusiller secrètement le jeune prince. Un serviteur du roi devait l’accompagner à la chasse et l’exécuter dans la forêt.

Cependant, au moment décisif le prince fut surpris de l’air de tristesse de celui qui était charge de la funèbre mission.
– Qu’as-tu, lui demanda-t-il, pour paraître si triste?
– Je ne puis le dire, répondit le serviteur.
– Parle, lui dit le prince, je te pardonne d’avance.
– Hélas! dit alors le domestique, je suis chargé de vous fusiller, le roi l’ordonne ainsi.
Le prince tout consterné lui dit:
– Brave, serviteur, je te donnerai ma tenue royale, donne-moi la tienne à la place.
– Très volontiers, répondit l’autre; je n’aurais quand même pas eu le, courage de tirer sur vous.
Ils échangèrent leurs vêtements, et le serviteur rentra au château tandis que le prince s’enfonça dans la forêt.

Longtemps après arrivèrent chez le vieux roi trois voitures chargées d’or et de pierres précieuses pour être remises à son plus jeune, fils. C’étaient les trois rois dont les royaumes avaient été délivrés par son glaive et fécondés par son pain qui voulaient ainsi exprimer leur gratitude.
Le vieux roi songea:  » Mon fils serait-il innocent?  » et il dit à ses gens:
– Ah! s’il était encore en vie, que je regrette de l’avoir fait tuer!
– Il vit encore, dit le serviteur; je n’ai pu prendre sur moi de le tuer.
Et il raconta au roi comment les choses s’étaient passées.

Le cœur du vieux souverain fut soulagé d’un grand poids; il fit publier partout que son fils pouvait rentrer et qu’il lui serait fait bon accueil.
Cependant la princesse avait fait percer devant son palais une rue pavée d’or et de pierreries, et dit à ses gens que, celui qui pousserait son cheval au milieu de cette rue serait l’époux attendu et qu’il fallait lui permettre l’accès du palais, tandis qu’il fallait chasser ceux qui marcheraient sur le côté.

Un pou moins d’un an après l’époque, où le jeune prince avait pénétré auprès de la belle princesse, l’aîné se mit en route afin de se donner pour son libérateur et obtenir sa main et son royaume.
En voyant la précieuse route il se dit:  » Ce serait grand dommage d’y mettre les pieds , » et il fit passer la bête sur le côté. Mais, arrivé devant la porte, les gens lui dirent de s’en retourner car il n’était pas l’époux attendu.
Le second prince survint peu après, et il pensa comme, son aîné qu’il serait grand dommage de détériorer une si belle route; il fit donc également passer son cheval sur le côté. Lui aussi, en se présentant au palais, vit les gens de la princesse lui déclarer qu’il n’était nullement l’époux attendu, et il fut prié de, s’en retourner.

Quand l’année fut tout à fait écoulée, le, troisième sortit du bois pour se rendre auprès de sa bien-aimée. Il ne songeait qu’à elle, à l’idée de se trouver auprès d’elle, et, dans sa distraction, il ne vit pas le somptueux pavage de la rue. Il laissa donc son cheval galoper au beau milieu de la voie et trouva la porte grande ouverte.
La princesse le reçut avec transport, le déclarant son sauveur et le, maître de son royaume.
Après que les noces eurent été célébrées en grande pompe, elle lui apprit que son père l’avait mandé auprès de lui et lui avait pardonné. Il se rendit donc auprès du vieux roi et lui raconta comment ses frères l’avaient trahi et qu’il s’était tu.

Le roi voulut les châtier, mais ils s’étaient déjà embarqués et ne reparurent jamais plus.

Ce que j’aime faire quand je rentre en France 

A la veille de venir passer quelques jours en France, je me suis dit qu’il pourrait être sympa de vous raconter ce que j’aime faire quand je reviens dans mon pays natal :).

Sans grande surprise, voir ma famille et mes amis est évidemment mon objectif numéro un quand je suis en France et c’est d’ailleurs la chose que je fais à chaque fois (même en faisant un aller-retour rapide). Cependant il ne faut pas se voiler la face, je ne peux malheureusement pas voir tout le monde à chaque fois (distance géographique, emplois du temps qui ne coïncident pas), ça fait aussi partie de l’expatriation. Mais je suis ravie de voir qu’après 7 ans à l’étranger, les liens avec certains de mes proches sont toujours aussi forts!

Outre les nombreuses têtes à voir lors de mes retours, j’aime m’accorder d’autres petits plaisirs que je ne peux m’offrir qu’en France! Tout d’abord, une virée shopping à Grenoble avec ma Maman est devenue un peu incontournable. Beaucoup d’enseignes françaises n’existent pas en Allemagne (Camaïeu ou la Fnac pour ne citer qu’eux). Attention, je ne dévalise jamais les magasins, mais le seul fait d’y rentrer, c’est un peu comme rendre visite à une vieille connaissance et ça suffit à me faire plaisir :). Et puis, c’est aussi une façon de voir ce qui se passe en France côté mode, médias, etc.

Une autre chose qui peut paraître banale: manger dans un bistro français. Les menus mais aussi ces ambiances typiques n’existent pas en Allemagne et j’avoue que cela me manque de temps en temps. Et puis c’est l’occasion de découvrir de nouveaux plats ou de savourer des classiques.

Quand ma valise me le permet (comprendre, quand je viens en voiture), je profite de mon passage en France pour faire le plein de bonnes choses qui n’existent pas en Allemagne. Je vous ai déjà souvent parlé de ces produits qui manquent de manière générale aux expatriés, pour vous en citer quelques uns: des sirops, des petites barquettes de Lu, des ravioles, du fromage, du saucisson, etc. Mes besoins varient en fonction de mes réserves restantes en Allemagne ;).

Enfin, quand le temps (dans tous les sens du terme) le permet, faire une randonnée en montagne et admirer ces paysages qui me manquent tant dans mon nouveau chez moi est devenue une de mes activités favorites. Eh puis, mon mari adore aussi découvrir ces merveilles! Je vous en fait d’ailleurs un peu profiter avec une photo d’une de ces randonnées ci-dessous ;).

Voilà pour ces petites choses, toutes simples, qui me donnent le sourire en France. Mais après tout, la vie est faite de petits bonheurs simples 🙂

Et sur ces mots je vous donne rendez-vous en septembre pour les prochains articles, le blog prend un peu de vacances :).

Le vaillant petit tailleur (Sept d’un coup)

Une fois n’est pas coutume, c’est avec un nouveau conte des frères Grimm et un peu de lecture que j’inaugure ce mois d’août 🙂
Par une matinée d’été, un petit tailleur, assis sur sa table près de la fenêtre, cousait joyeusement et de toutes ses forces. Il vint à passer dans la rue une paysanne qui criait: « Bonne crème à vendre! bonne crème à vendre! « Ce mot de crème résonna agréablement aux oreilles du petit homme, et passant sa mignonne tête par la fenêtre: « Ici, bonne femme, entrez ici, lui dit-il, vous trouverez acheteur. »

Elle monta, chargée de son lourd panier, les trois marches de la boutique du tailleur et il fallut quelle étalât tous ses pots devant lui. Après les avoir tous considérés, maniés, flairés l’un après l’autre, il finit par dire: « Il me semble que cette crème est bonne; pesez-m’en deux onces, bonne femme, allez même jusqu’au quarteron. » La paysanne, qui avait espéré faire un marché plus considérable, lui donna ce qu’il désirait; mais elle s’en alla en grondant et en murmurant.

« Maintenant, s’écria le petit tailleur, je prie Dieu qu’il me fasse la grâce de bénir cette bonne crème, pour quelle me rende force et vigueur. » Et prenant le pain dans l’armoire, il coupa une longue tartine pour étendre sa crème dessus. « Voilà qui n’aura pas mauvais goût, pensa-t-il, mais, avant de l’entamer, il faut que j’achève cette veste. » Il posa sa tartine à côté de lui et se remit à coudre, et dans sa joie il faisait des points de plus en plus grands. Cependant l’odeur de la crème attirait les mouches qui couvraient le mur et elles vinrent en foule se poser dessus. « Qui vous a invitées ici? » dit le tailleur en chassant ces hôtes incommodes.

Mais les mouches qui n’entendaient pas le français, revinrent en plus grand nombre qu’auparavant. Cette fois, la moutarde lui monta au nez, et saisissant un lambeau de drap dans son tiroir: « Attendez, s’écria-t-il, je vais vous en donner; » et il frappa dessus sans pitié. Ce grand coup porté, il compta les morts; il n’y en avait pas moins de sept, qui gisaient les pattes étendues. « Peste! se dit-il étonné lui-même de sa valeur, il paraît que je suis un gaillard, il faut que toute la ville le sache. »

Et, dans son enthousiasme, il se fit une ceinture et broda dessus en grosses lettres: « J’en abats sept d’un coup! »

« Mais la ville ne suffit pas, ajouta-t-il encore, il faut que le monde tout entier l’apprenne. » Le cœur lui frétillait de joie dans la poitrine comme la queue d’un petit agneau.

Il mit donc sa ceinture et résolut de courir le monde, car sa boutique lui semblait désormais un trop petit théâtre pour sa valeur. Avant de sortir de chez lui, il chercha dans toute la maison s’il n’avait rien à emporter, mais il ne trouva qu’un vieux fromage qu’il mit dans sa poche. Devant sa porte, il y avait un oiseau en cage; il le mit dans sa poche avec le fromage. Puis il enfila bravement son chemin; et, comme il était leste et actif, il marcha sans se fatiguer.

Il passa par une montagne au sommet de laquelle était assis un énorme géant qui regardait tranquillement les passants. Le petit tailleur alla droit à lui et lui dit: « Bonjour, camarade; te voilà assis, tu regarde le monde à tes pieds? Pour moi, je me suis mis en route et je cherche les aventures. Veux-tu venir avec moi? »

Le géant lui répondit d’un air de mépris: « Petit drôle! petit avorton!

– Est-il possible? » s’écria le petit tailleur; et, boutonnant son habit, il montra sa ceinture au géant en lui disant: « Lis ceci, tu verras à qui tu as affaire. »

Le géant, qui lut: « Sept d’un coup! » s’imagina que c’étaient des hommes que le tailleur avait tués, et conçut un peu plus de respect pour le petit personnage. Cependant, pour l’éprouver, il prit un caillou dans sa main et le pressa si fort que l’eau en suintait. « Maintenant, dit-il, fais comme moi, si tu as de la vigueur.

– N’est-ce que cela? répondit le tailleur; c’est un jeu d’enfant dans mon pays. » Et fouillant à sa poche il prit son fromage mou et le serra dans sa main de façon à en faire sortir tout le jus. « Eh bien, ajouta-t-il, voilà qui te vaut bien, ce me semble. »

Le géant ne savait que dire et ne comprenait pas qu’un nain pût être si fort. Il prit un autre caillou et le lança si haut que l’œil le voyait à peine, en disant: « Allons, petit homme, fais comme moi.

– Bien lancé! dit le tailleur, mais le caillou est retombé. Moi, j’en vais lancer un autre qui ne retombera pas. » Et prenant l’oiseau qui était dans sa poche, il le jeta en l’air.

L’oiseau, joyeux de se sentir libre, s’envola à tire d’aile, et ne revint pas. « Qu’en dis-tu, cette fois, camarade? ajouta-t-il.

– C’est bien fait, répondit le géant, mais je veux voir si tu portes aussi lourd que tu lances loin. » Et il conduisit le petit tailleur devant un chêne énorme qui était abattu sur le sol. « Si tu es vraiment fort, dit-il, il faut que tu m’aides à enlever cet arbre.

– Volontiers, répondit le petit homme, prends le tronc sur ton épaule; je me chargerai des branches et de la tête, c’est le plus lourd. »

Le géant prit le tronc sur son épaule, mais le petit tailleur s’assit sur une branche, de sorte que le géant, qui ne pouvait pas regarder derrière lui, portait l’arbre tout entier et le tailleur par-dessus le marché. Il s’était installé paisiblement, et sifflait gaiement le petit air:

Il était trois tailleurs qui chevauchaient ensemble, comme si c’eût été pour lui un jeu d’enfant que de porter un arbre. Le géant, écrasé sous le fardeau et n’en pouvant plus au bout de quelques pas, lui cria: « Attention, je laisse tout tomber. » Le petit homme sauta lestement en bas, et saisissant l’arbre dans ses deux bras, comme s’il en avait porté sa part, il dit au géant: « Tu n’es guère vigoureux pour un gaillard de ta taille. »

Ils continuèrent leur chemin, et, comme ils passaient devant un cerisier, le géant saisit la tête de l’arbre où étaient les fruits les plus mûrs, et, la courbant jusqu’en bas, la mit dans la main du tailleur pour lui faire manger les cerises. Mais celui-ci était bien trop faible pour la maintenir, et, quand le géant l’eut lâchée, l’arbre en se redressant emporta le tailleur avec lui. Il redescendit sans se blesser; mais le géant lui dit: « Qu’est-ce donc! est-ce que tu n’aurais pas la force de courber une pareille baguette?

– Il ne s’agit pas de force, répondit le petit tailleur; qu’est-ce que cela pour un homme qui en a abattu sept d’un coup? J’ai sauté par-dessus l’arbre pour me garantir du plomb, parce qu’il y avait en bas des chasseurs qui tiraient aux buissons; fais-en autant, si tu peux. » Le géant essaya, mais il ne put sauter par-dessus l’arbre, et il resta embarrassé dans les branches. Ainsi le tailleur conserva l’avantage.

« Puisque tu es un si brave garçon, dit le géant, il faut que tu viennes dans notre caverne et que tu passes la nuit chez nous. »

Le tailleur y consentit volontiers. Quand ils furent arrivés, ils trouvèrent d’autres géants assis près du feu, tenant à la main et mangeant chacun un mouton rôti. Le tailleur jugeait l’appartement plus grand que sa boutique. Le géant lui montra son lit et lui dit de se coucher. Mais, comme le lit était trop grand pour un si petit corps, il se blottit dans un coin. A minuit, le géant, croyant qu’il dormait d’un profond sommeil, saisit une grosse barre de fer et en donna un grand coup au beau milieu du lit; il pensait bien avoir tué J’avorton sans rémission. Au petit jour, les géants se levèrent et allèrent dans le bois; ils avaient oublié le tailleur; quand ils le virent sortir de la caverne d’un air joyeux et passablement effronté, ils furent pris de peur, et, craignant qu’il ne les tuât tous, ils s’enfuirent au plus vite.

Le petit tailleur continua son voyage, toujours le nez au vent. Après avoir longtemps erré, il arriva dans le jardin d’un palais, et, comme il se sentait un peu fatigué, il se coucha sur le gazon et s’endormit. Les gens qui passaient par là se mirent à le considérer de tous côtés et lurent sur sa ceinture: Sept d’un coup! « Ah! se dirent-ils, qu’est-ce que ce foudre de guerre vient faire ici au milieu de la paix? il faut que ce soit quelque puissant seigneur. » Ils allèrent en faire part au roi, en ajoutant que si la guerre venait à éclater, ce serait un utile auxiliaire qu’il faudrait s’attacher à tout prix. Le roi goûta ce conseil et envoya un de ses courtisans au petit homme pour lui offrir du service aussitôt qu’il serait éveillé. L’envoyé resta en sentinelle près du dormeur, et, quand celui-ci eut commencé à ouvrir les yeux et à se tirer les membres, il lui fit ses propositions. « J’étais venu pour cela, répondit l’autre, et je suis prêt à entrer au service du roi. » On le reçut avec toutes sortes d’honneurs, et on lui assigna un logement à la cour.

Mais les militaires étaient jaloux de lui et auraient voulu le voir à mille lieues plus loin. « Qu’est-ce que tout cela deviendra? se disaient-ils entre eux; si nous avons quelque querelle avec lui, il se jettera sur nous et en abattra sept à chaque coup. Pas un de nous ne survivra. » Ils se résolurent d’aller trouver le roi et de lui demander tous leur congé. « Nous ne pouvons pas, lui dirent-ils, rester auprès d’un homme qui en abat sept d’un coup. »

Le roi était bien désolé de voir ainsi tous ses loyaux serviteurs l’abandonner; il aurait souhaité de n’avoir jamais vu celui qui en était la cause et s’en serait débarrassé volontiers. Mais il n’osait pas le congédier, de peur que cet homme terrible ne le tuât ainsi que son peuple pour s’emparer du trône.

Le roi, après y avoir beaucoup songé, trouva un expédient. Il envoya faire au petit tailleur une offre que celui-ci ne pouvait manquer d’accepter en sa qualité de héros. Il y avait dans une forêt du pays deux géants qui commettaient toutes sortes de brigandages, de meurtres et d’incendies. Personne n’approchait d’eux sans craindre pour ses jours. S’il parvenait à les vaincre et à les mettre à mort, le roi lui donnerait sa fille unique en mariage, avec la moitié du royaume pour dot. On mettait à sa disposition cent cavaliers pour l’aider au besoin. Le petit tailleur pensa que l’occasion d’épouser une jolie princesse était belle et ne se retrouverait pas tous les jours. Il déclara qu’il consentait à marcher contre les géants, mais qu’il n’avait que faire de l’escorte des cent cavaliers, celui qui en avait abattu sept d’un coup ne craignant pas deux adversaires à la fois.

Il se mit donc en marche suivi des cent cavaliers. Quand on fut arrivé à la lisière de la forêt, il leur dit de l’attendre, et qu’il viendrait à bout des géants à lui tout seul. Puis il entra dans le bois en regardant avec précaution autour de lui. Au bout d’un moment il aperçut les deux géants endormis sous un arbre et ronflant si fort que les branches en tremblaient. Le petit tailleur remplit ses deux poches de cailloux, et, montant dans l’arbre sans perdre de temps, il se glissa sur une branche qui s’avançait juste au-dessus des deux dormeurs et laissa tomber quelques cailloux, l’un après l’autre, sur l’estomac de l’un d’eux. Le géant fut longtemps sans rien sentir, mais à la fin il s’éveilla, et poussant son camarade il lui dit: « Pourquoi me frappes-tu?

– Tu rêves, dit l’autre, je ne t’ai pas touché. »

Ils se rendormirent. Le tailleur se mit alors à jeter une pierre au second. « Qu’y a-t-il? s’écria celui-ci, qu’est-ce que tu me jettes?

– Je ne t’ai rien jeté; tu rêves, » répondit le premier.

Ils se disputèrent quelque temps; mais, comme ils étaient fatigués, ils finirent par s’apaiser et se rendormir encore. Cependant le tailleur recommença son jeu, et choisissant le plus gros de ses cailloux, il le jeta de toutes ses forces sur l’estomac du premier géant. « C’est trop fort! » s’écria celui-ci; et se levant comme un forcené, il sauta sur son compagnon, qui lui rendit la monnaie de sa pièce. Le combat devint si furieux qu’ils arrachaient des arbres pour s’en faire des armes, et l’affaire ne cessa que lorsque tous les deux furent étendus morts sur le sol.

Alors le petit tailleur descendit de son poste. « Il est bien heureux, pensait-il, qu’ils n’aient pas aussi arraché l’arbre sur lequel j’étais perché; j’aurais été obligé de sauter sur quelque autre, comme un écureuil; mais on est leste dans notre métier. » Il tira son épée, et, après en avoir donné à chacun d’eux une couple de bons coups dans la poitrine, il revint trouver les cavaliers et leur dit: « C’est fini, je leur ai donné le coup de grâce; l’affaire a été chaude; ils voulaient résister, ils ont arraché des arbres pour me les lancer; mais à quoi servirait tout cela contre un homme comme moi, qui en abats sept d’un coup!

– N’êtes-vous pas blessé? demandèrent les cavaliers.

– Non, dit-il, je n’ai pas un cheveu de dérangé. »

Les cavaliers ne voulaient pas le croire; ils entrèrent dans le bois et trouvèrent en effet les géants nageant dans leur sang, et les arbres abattus de tous côtés autour d’eux.

Le petit tailleur réclama la récompense promise par le roi; mais celui-ci qui se repentait d’avoir engagé sa parole, chercha encore à se débarrasser du héros. « Il y a, lui dit-il, une autre aventure dont tu dois venir à bout avant d’obtenir ma fille et la moitié de mon royaume. Mes forêts sont fréquentées par une licorne qui y fait beaucoup de dégâts, il faut t’en emparer.

– Une licorne me fait encore moins peur que deux géants: Sept d’un coup, c’est ma devise. »

Il prit une corde et une hache et entra dans le bois, en ordonnant à ceux qui l’accompagnaient de l’attendre au dehors. Il n’eut pas à chercher longtemps; la licorne apparut bientôt, et elle s’élança sur lui pour le percer. « Doucement, doucement, dit-il; trop vite ne vaut rien. » Il resta immobile jusqu’à ce que l’animal fût tout près de lui, et alors il se glissa lestement derrière le tronc d’un arbre. La licorne, qui était lancée de toutes ses forces contre l’arbre, y enfonça sa corne si profondément qu’il lui fut impossible de la retirer, et qu’elle fut prise ainsi. « L’oiseau est en cage »se dit le tailleur, et sortant de sa cachette, il s’approcha de la licorne, lui passa sa corde autour du cou; à coups de hache il débarrassa sa corne enfoncée dans le tronc, et, quand tout fut fini, il amena l’animal devant le roi.

Mais le roi ne couvait se résoudre à tenir sa parôle; il lui posa encore une troisième condition. Il s’agissait de s’emparer d’un sanglier qui faisait de grands ravages dans les bois. Les chasseurs du roi avaient ordre de prêter main-forte. Le tailleur accepta en disant que ce n’était qu’un jeu d’enfants. Il entra dans le bois sans les chasseurs; et ils n’en furent pas fâchés, car le sanglier les avait déjà reçus maintes fois de telle façon qu’ils n’étaient nullement tentés d’y retourner. Dès que le sanglier eut aperçu le tailleur, il se précipita sur lui, en écumant et en montrant ses défenses aiguës pour le découdre; mais le léger petit homme se réfugia dans une chapelle qui était là tout près, et en ressortit aussitôt en sautant par la fenêtre. Le sanglier y avait pénétré derrière lui; mais en deux bonds le tailleur revint à la porte et la ferma, de sorte que la bête furieuse se trouva prise, car elle était trop lourde et trop massive pour s’enfuir par le même chemin. Après cet exploit, il appela les chasseurs pour qu’ils vissent le prisonnier de leurs propres yeux, et il se présenta au roi, auquel force fut cette fois de s’exécuter malgré lui et de lui donner sa fille et la moitié de son royaume. Il eût eu bien plus de mal encore a se décider s’il avait su que son gendre n’était pas un grand guerrier, mais un petit manieur d’aiguille. Les noces furent célébrées avec beaucoup de magnificence et peu de joie, et d’un tailleur on fit un roi.

Quelque temps après, la jeune reine entendit la nuit son mari qui disait en rêvant: « Allons, garçon, termine cette veste et ravaude cette culotte, ou sinon je te donne de l’aune sur les oreilles. » Elle comprit ainsi dans quelle arrière-boutique le jeune homme avait été élevé, et le lendemain elle alla se plaindre à son père, le priant de la délivrer d’un mari qui n’était qu’un misérable tailleur.

Le roi lui dit pour la consoler: « La nuit prochaine, laisse ta chambre ouverte; mes serviteurs se tiendront à la porte, et, quand il sera endormi, ils entreront, et le porteront chargé de chaînes sur un navire qui l’emmènera bien loin. »

La jeune femme était charmée; mais l’écuyer du roi, qui avait tout entendu et qui aimait le nouveau prince, alla lui découvrir le complot.

« J’y mettrai bon ordre, » lui dit le tailleur. Le soir il se coucha comme à l’ordinaire, et quand sa femme le crut bien endormi, elle alla ouvrir la porte et se recoucha à ses côtés. Mais le petit homme, qui faisait semblant de dormir, se mit à crier à haute voix: « Allons, garçon, termine cette veste et ravaude cette culotte, ou sinon je te donne de l’aune sur les oreilles. J’en ai abattu sept d’un coup, j’ai tué deux géants, chassé une licorne, pris un sanglier; aurais-je donc peur des gens qui sont blottis à ma porte? » En entendant ces derniers mots, ils furent tous pris d’une telle épouvante, qu’ils s’enfuirent comme s’ils avaient eu le diable à leurs trousses, et que jamais personne n’osa plus se risquer contre lui. Et de cette manière il conserva toute sa vie la couronne.