Être une femme, une mère et travailler

J’ai longuement réfléchi à comment j’allais pouvoir écrire cet article. Il me pend au nez en effet depuis un moment, mais je ne savais pas comment tourner le tout. Mais aujourd’hui, je me lance, en espérant que ce ne sera pas trop brouillon ;). Au passage, non, je ne suis pas enceinte, mais ce sujet me concernera (je l’espère!) dans les prochaines années alors pourquoi ne pas commencer à l’aborder aujourd’hui?

Être mère et travailler sont deux notions qui peuvent parfois aller de paires, et parfois être contradictoires. En Allemagne notamment, pour une mère, il est très difficile de concilier vie de famille et vie professionnelle alors qu’en France, cela semble plus évident.

En Allemagne de nos jours encore, beaucoup de mères se voient comme des femmes au foyer . Être mère signifie malheureusement (ou heureusement pour un certains nombre d’entre elles que cela arrange) rester à la maison à élever les enfants et faire tourner le foyer. Depuis que je travaille en Kindergarten, je me rends d’autant plus compte de cette fracture dans la société allemande : d’un côté, les « traditionnels » (homme ou femme) pour qui une femme doit rester à la maison durant de nombreuses années après la naissance des enfants et qui prennent ensuite éventuellement un petit temps partiel jusqu’à la retraire. De l’autre côté, les modernes, qui estiment qu’une femme a le droit de travailler, à temps plein, même quand les enfants sont en bas âge. L’État allemand fait toujours plus d’efforts pour pouvoir contenter ces dernières qui, après avoir eu leurs enfants, souhaitent retourner à la vie active en proposant des infrastructures d’accueil des jeunes enfants notamment ou en incitant l’embauche à temps partiel par les entreprises (souvent menées par ces hommes traditionnels, vous voyez le hic).

Le problème de l’Allemagne, c’est que le côté traditionnel est encore très ancré dans la société malgré le bon vouloir du gouvernement et que les traditionnels jugent et trouvent inacceptable tout ce qui est fait pour permettre aux jeunes mères modernes de retourner travailler rapidement et de laisser leurs enfants au Kindergarten. Pour eux, c’est une honte, un signe indiscutable que ces femmes sont de mauvaises mères. Et si les enfants plus tard ont des problèmes psychologiques, c’est de leur faute aussi, « elles n’avaient qu’à être présentes quand les enfants étaient petits ». Ce discours, je l’entends au quotidien et je me prépare d’ores et déjà à être à mon tour « une mauvaise mère » parce que je ne compte pas passer 10 ans comme mère au foyer. Et pourtant, je ne suis pas une carriériste, je veux seulement assurer un bon quotidien à ma famille. Il faut aussi penser à la retraite, les femmes qui ont travaillé une grande partie de leur carrière uniquement à temps partiel et/ou étant restées à la maison pendant de nombreuses années, c’est l’assurance de n’avoir quasiment rien une fois arrivée la retraite. Si en plus elles ont la malchance de divorcer ou de perdre leur mari qui jusqu’à présent assurait les rentrées d’argent, la situation devient très critique. Evidemment, cela n’arrive pas à tout le monde et touche surtout les petits salaires, mais c’est encore un facteur à prendre en compte.

En France, on connaît l’inverse. Les congés maternités classiques se finissant après 3 mois, les bébés sont confiés très tôt à des crèches ou nourrice et les mamans retournent travailler. Ce fut d’ailleurs mon cas et je ne m’en porte pas plus mal, ma mère n’est peut être pas si mauvaise que ça, en tout cas, bien meilleure que beaucoup de traditionnelles! Pour les femmes allemandes, les Françaises sont des mères corbeaux qui abandonnent leurs enfants. Sauf qu’évidemment, avec un mini congé maternité et plus de ressources après, beaucoup n’ont pas d’autre choix. Il faut savoir qu’en Allemagne, le congé maternité est d’un an, un rêve pour de nombreuses Françaises (n.b. le sujet congé maternité en Allemagne est en fait beaucoup plus complexe, j’y reviendrai une autre fois). Mais même avec cet argument, les traditionnelles ne comprennent pas comment on peut « abandonner » un bébé de 3 mois pour aller travailler. Pour elles, il vaut mieux vivre avec très peu de moyen voire rien du tout, mais être présente pour le bien être moral de l’enfant.

J’arrête ce débat qui peut tenir une discussion pendant des heures car ce sujet, c’est un peu comme la politique ou la religion, tout le monde est sûr d’avoir raison et personne ne veut admettre que les autres alternatives ne sont pas forcément mauvaises. Des meilleures amies peuvent s’entre-tuer avec un tel sujet. Si vous habitez en Allemagne ou connaissez des Allemandes, faite le test, vous verrez l’engouement monter :).

Et vous, vos expériences à ce sujet?

ps : si vous lisez d’autres blogs franco-allemand, vous avez certainement déjà lu des articles sur ce sujet chez quelques compatriotes comme Any Holy Idea ou Die Französin :).

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9 réflexions sur “Être une femme, une mère et travailler

  1. Mirobolande dit :

    C’est aussi pour ça que l’Allemagne a un problème de natalité.
    Rien n’est parfait, « abandonner » son bébé à 10 semaines pour reprendre le travail c’est très bof, mais on ne me fera pas croire qu’une femme s’épanouira en restant à la maison 10 ans pour élever les gosses…
    Et oui, les sous…
    Avant on arrivait à vivre sur un salaire, aujourd’hui il faut que mari et femme bossent pour y arriver. Les classes moyennes ont morflé. Et on ne vit plus dans les conditions d'(il y a 40 ans, les besoins ont évolué aussi.
    Et que fait la société pour protéger les femmes quand elles se séparent, perdent leur mari, etc? Bizarrement ceux qui ne voulaient pas que leur femme bosse ne sont plus aussi chauds pour lui verser une pension tout à coup…

    • audreycologne dit :

      Les besoins ont évolué oui, mais les mentalités ont du mal à évoluer elles. Il faudra certainement encore au moins une génération pour que le changement de mentalité soit réelle.

  2. Estelle V. dit :

    La société évolue, dans un sens comme dans l’autre 🙂
    Perso je ne me vois pas rester à la maison à perpet’. Après, 10 ans au foyer c’est peut-être beaucoup, quand on sait que les enfants entrent à la maternelle dès 3 ans ^^’ Une fois à l’école, est-il nécessaire de rester « femme au foyer »?
    Ou alors, on travaille à son compte de la maison, ça aussi ça peut le faire. Ma maman est pharmacienne indépendante depuis avant ma naissance (et je suis l’ainée). Elle nous a élevé, mes soeurs et moi, en étant pratiquement toujours présente car la pharmacie se trouvait à notre domicile. Donc voilà, chacun fait un peu comme il l’entend. On est dans des pays libres après tout, non?

    • audreycologne dit :

      Malheureusement, la tolérance envers l’inconnu/le non apprécié n’est pas de mise, on le voit d’autant plus de nos jours où les problèmes de religion provoquent de réelles guerres.

  3. Die Franzoesin dit :

    Oh mais c’est très gentil de me citer ! Et en plus je découvre un autre blog intéressant par la même occasion. C’est en effet un débat trèèèèès compliqué. De mon côté je pense que c’est une décision personnelle et que chaque maman doit faire comme elle le sent. Malheureusement la société nous pousse toujours dans un sens ou l’autre et en Allemagne les jugements sont vraiment très durs je trouve…

  4. mayia dit :

    Je connais plusieurs femmes au foyer dans mon entourage le résultat est le même .
    C’est la crise il faut économiser , le mari achète des jeux vidéo , le pauvre c’est tellement dur de gagner de l’argent , il faut qu’il se change les idées et les femmes font durer leurs chaussures ………..Aux passage elles perdent leurs indépendances financière et intellectuelle, des boniches gratuites.Attention ce n’est pas forcement la faute au mari, mais un état de soumission de la femme.

  5. Kikerico dit :

    Bel article reflet de la réalité d’être une maman active en Allemagne : c’est une dualité permanente.
    Pour mon 1er je suis revenue au bureau après 5 mois (c’est un bon temps de pause) et j’avais trouvé une crèche privée (donc très chère) qui acceptait mon enfant tout petit bébé, c’était d’ailleurs le chouchou car c’était de très loin le plus jeune. Je n’avais pas compris le principe de l’Eingewohnung comme tu l’expliques dans ton autre article. Je l’ai déposé à 8h et suis partie jusqu’à 18h… oups… heureusement les supers Erzieherin étaient des crèmes et m’ont laissé partir en me disant qu’elles appeleraient en cas de problème. Elle nont pas appelé. En même temps à 5 mois, bébé ne s’est rendu compte de rien.
    En revanche quand je suis arrivée au bureau, mes collègues ont vraiment hallucinés. Entre l’admiration (des femmes) de cette Francaise qui assure dans tous les domaines avec un mari qui voyange énormément et la réprobation des autres (hommes) qui laissait entendre « tu n’as pas besoin de gagner d’argent, qu’est ce que tu fous au bureau maintenant ? ».
    Et l’indépendance dans tous cela ? Cela est un vrai paradoxe. Les femmes paient leur addition au resto sous prétexte d’indépendance, les couples ont des comptes séparés et dès qu’elles sont mères elles passent sous la tutelle financière de leurs époux. Là non plus cela n’est pas sain. Et plus qu’une question d’indèpendance. Pour moi travailler c’est une question d’équilibre mental. J’admire les mères au foyer, tous commes les Erzieherin, car s’occuper d’enfants à temps plein est épuisant.
    Comme tu le dis, cela pause en plus un problème pour la natalité. J’ai pas mal de copines allemandes (fin de la trentaine début quarantaine) qui « assument » leur choix de ne pas vouloir d’enfants (prisonnière de leur carrière et indépendance financière) et celles qui tout d’un coup se casent « avec le premier venu » pour faire un bébé. L’unique bébé, puisqu’à 40 ans… l’horloge a déjà tourné.
    Encore un autre problème pour la maman qui veut travailler : c’est de changer de boîte et de trouver un nouvel emploi quand tu dis en entretien que tu as 2 enfants en bas âge… Là aussi ca coince et ton CV qui t’a donné un entretien pour tes qualifications (et comme il n’a pas de trou car tu as repris le boulot, il est super beau ton CV !) ne fait pas le poids par rapport à un homme ou une femme sans enfants. Tu le vois sur la tête du recruteur quand tu l’annonces.

    Comme tu le dis c’est un grand débat et on pourrait en discuter pendant des heures.

    A côté de cela, le système francais n’est pas le meilleur non plus : 3 mois de congés mat’ c’est court et la pression économique fait qu’une famille n’a pas le choix. Les 2 parents doivent travailler, et ce n’est pas toujours une question d`épanouissement de la femme. Même si parfois elle préfererait s’occuper de ses ptits loups…

    En tout cas, bel article, pas brouillon du tout contrairement à mon commentaire un peu long 😉

    • audreycologne dit :

      Merci pour ton commentaire très complet et tellement vrai 🙂 Et bravo pour la gestion du boulot avec un bout de 5 mois, mais je crois que c’est l’avantage des crèches privées. Vu qu’elles sont chères, elles offrent plus de service, tant mieux d’un côté!

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