Le vaillant petit tailleur (Sept d’un coup)

Une fois n’est pas coutume, c’est avec un nouveau conte des frères Grimm et un peu de lecture que j’inaugure ce mois d’août 🙂
Par une matinée d’été, un petit tailleur, assis sur sa table près de la fenêtre, cousait joyeusement et de toutes ses forces. Il vint à passer dans la rue une paysanne qui criait: « Bonne crème à vendre! bonne crème à vendre! « Ce mot de crème résonna agréablement aux oreilles du petit homme, et passant sa mignonne tête par la fenêtre: « Ici, bonne femme, entrez ici, lui dit-il, vous trouverez acheteur. »

Elle monta, chargée de son lourd panier, les trois marches de la boutique du tailleur et il fallut quelle étalât tous ses pots devant lui. Après les avoir tous considérés, maniés, flairés l’un après l’autre, il finit par dire: « Il me semble que cette crème est bonne; pesez-m’en deux onces, bonne femme, allez même jusqu’au quarteron. » La paysanne, qui avait espéré faire un marché plus considérable, lui donna ce qu’il désirait; mais elle s’en alla en grondant et en murmurant.

« Maintenant, s’écria le petit tailleur, je prie Dieu qu’il me fasse la grâce de bénir cette bonne crème, pour quelle me rende force et vigueur. » Et prenant le pain dans l’armoire, il coupa une longue tartine pour étendre sa crème dessus. « Voilà qui n’aura pas mauvais goût, pensa-t-il, mais, avant de l’entamer, il faut que j’achève cette veste. » Il posa sa tartine à côté de lui et se remit à coudre, et dans sa joie il faisait des points de plus en plus grands. Cependant l’odeur de la crème attirait les mouches qui couvraient le mur et elles vinrent en foule se poser dessus. « Qui vous a invitées ici? » dit le tailleur en chassant ces hôtes incommodes.

Mais les mouches qui n’entendaient pas le français, revinrent en plus grand nombre qu’auparavant. Cette fois, la moutarde lui monta au nez, et saisissant un lambeau de drap dans son tiroir: « Attendez, s’écria-t-il, je vais vous en donner; » et il frappa dessus sans pitié. Ce grand coup porté, il compta les morts; il n’y en avait pas moins de sept, qui gisaient les pattes étendues. « Peste! se dit-il étonné lui-même de sa valeur, il paraît que je suis un gaillard, il faut que toute la ville le sache. »

Et, dans son enthousiasme, il se fit une ceinture et broda dessus en grosses lettres: « J’en abats sept d’un coup! »

« Mais la ville ne suffit pas, ajouta-t-il encore, il faut que le monde tout entier l’apprenne. » Le cœur lui frétillait de joie dans la poitrine comme la queue d’un petit agneau.

Il mit donc sa ceinture et résolut de courir le monde, car sa boutique lui semblait désormais un trop petit théâtre pour sa valeur. Avant de sortir de chez lui, il chercha dans toute la maison s’il n’avait rien à emporter, mais il ne trouva qu’un vieux fromage qu’il mit dans sa poche. Devant sa porte, il y avait un oiseau en cage; il le mit dans sa poche avec le fromage. Puis il enfila bravement son chemin; et, comme il était leste et actif, il marcha sans se fatiguer.

Il passa par une montagne au sommet de laquelle était assis un énorme géant qui regardait tranquillement les passants. Le petit tailleur alla droit à lui et lui dit: « Bonjour, camarade; te voilà assis, tu regarde le monde à tes pieds? Pour moi, je me suis mis en route et je cherche les aventures. Veux-tu venir avec moi? »

Le géant lui répondit d’un air de mépris: « Petit drôle! petit avorton!

– Est-il possible? » s’écria le petit tailleur; et, boutonnant son habit, il montra sa ceinture au géant en lui disant: « Lis ceci, tu verras à qui tu as affaire. »

Le géant, qui lut: « Sept d’un coup! » s’imagina que c’étaient des hommes que le tailleur avait tués, et conçut un peu plus de respect pour le petit personnage. Cependant, pour l’éprouver, il prit un caillou dans sa main et le pressa si fort que l’eau en suintait. « Maintenant, dit-il, fais comme moi, si tu as de la vigueur.

– N’est-ce que cela? répondit le tailleur; c’est un jeu d’enfant dans mon pays. » Et fouillant à sa poche il prit son fromage mou et le serra dans sa main de façon à en faire sortir tout le jus. « Eh bien, ajouta-t-il, voilà qui te vaut bien, ce me semble. »

Le géant ne savait que dire et ne comprenait pas qu’un nain pût être si fort. Il prit un autre caillou et le lança si haut que l’œil le voyait à peine, en disant: « Allons, petit homme, fais comme moi.

– Bien lancé! dit le tailleur, mais le caillou est retombé. Moi, j’en vais lancer un autre qui ne retombera pas. » Et prenant l’oiseau qui était dans sa poche, il le jeta en l’air.

L’oiseau, joyeux de se sentir libre, s’envola à tire d’aile, et ne revint pas. « Qu’en dis-tu, cette fois, camarade? ajouta-t-il.

– C’est bien fait, répondit le géant, mais je veux voir si tu portes aussi lourd que tu lances loin. » Et il conduisit le petit tailleur devant un chêne énorme qui était abattu sur le sol. « Si tu es vraiment fort, dit-il, il faut que tu m’aides à enlever cet arbre.

– Volontiers, répondit le petit homme, prends le tronc sur ton épaule; je me chargerai des branches et de la tête, c’est le plus lourd. »

Le géant prit le tronc sur son épaule, mais le petit tailleur s’assit sur une branche, de sorte que le géant, qui ne pouvait pas regarder derrière lui, portait l’arbre tout entier et le tailleur par-dessus le marché. Il s’était installé paisiblement, et sifflait gaiement le petit air:

Il était trois tailleurs qui chevauchaient ensemble, comme si c’eût été pour lui un jeu d’enfant que de porter un arbre. Le géant, écrasé sous le fardeau et n’en pouvant plus au bout de quelques pas, lui cria: « Attention, je laisse tout tomber. » Le petit homme sauta lestement en bas, et saisissant l’arbre dans ses deux bras, comme s’il en avait porté sa part, il dit au géant: « Tu n’es guère vigoureux pour un gaillard de ta taille. »

Ils continuèrent leur chemin, et, comme ils passaient devant un cerisier, le géant saisit la tête de l’arbre où étaient les fruits les plus mûrs, et, la courbant jusqu’en bas, la mit dans la main du tailleur pour lui faire manger les cerises. Mais celui-ci était bien trop faible pour la maintenir, et, quand le géant l’eut lâchée, l’arbre en se redressant emporta le tailleur avec lui. Il redescendit sans se blesser; mais le géant lui dit: « Qu’est-ce donc! est-ce que tu n’aurais pas la force de courber une pareille baguette?

– Il ne s’agit pas de force, répondit le petit tailleur; qu’est-ce que cela pour un homme qui en a abattu sept d’un coup? J’ai sauté par-dessus l’arbre pour me garantir du plomb, parce qu’il y avait en bas des chasseurs qui tiraient aux buissons; fais-en autant, si tu peux. » Le géant essaya, mais il ne put sauter par-dessus l’arbre, et il resta embarrassé dans les branches. Ainsi le tailleur conserva l’avantage.

« Puisque tu es un si brave garçon, dit le géant, il faut que tu viennes dans notre caverne et que tu passes la nuit chez nous. »

Le tailleur y consentit volontiers. Quand ils furent arrivés, ils trouvèrent d’autres géants assis près du feu, tenant à la main et mangeant chacun un mouton rôti. Le tailleur jugeait l’appartement plus grand que sa boutique. Le géant lui montra son lit et lui dit de se coucher. Mais, comme le lit était trop grand pour un si petit corps, il se blottit dans un coin. A minuit, le géant, croyant qu’il dormait d’un profond sommeil, saisit une grosse barre de fer et en donna un grand coup au beau milieu du lit; il pensait bien avoir tué J’avorton sans rémission. Au petit jour, les géants se levèrent et allèrent dans le bois; ils avaient oublié le tailleur; quand ils le virent sortir de la caverne d’un air joyeux et passablement effronté, ils furent pris de peur, et, craignant qu’il ne les tuât tous, ils s’enfuirent au plus vite.

Le petit tailleur continua son voyage, toujours le nez au vent. Après avoir longtemps erré, il arriva dans le jardin d’un palais, et, comme il se sentait un peu fatigué, il se coucha sur le gazon et s’endormit. Les gens qui passaient par là se mirent à le considérer de tous côtés et lurent sur sa ceinture: Sept d’un coup! « Ah! se dirent-ils, qu’est-ce que ce foudre de guerre vient faire ici au milieu de la paix? il faut que ce soit quelque puissant seigneur. » Ils allèrent en faire part au roi, en ajoutant que si la guerre venait à éclater, ce serait un utile auxiliaire qu’il faudrait s’attacher à tout prix. Le roi goûta ce conseil et envoya un de ses courtisans au petit homme pour lui offrir du service aussitôt qu’il serait éveillé. L’envoyé resta en sentinelle près du dormeur, et, quand celui-ci eut commencé à ouvrir les yeux et à se tirer les membres, il lui fit ses propositions. « J’étais venu pour cela, répondit l’autre, et je suis prêt à entrer au service du roi. » On le reçut avec toutes sortes d’honneurs, et on lui assigna un logement à la cour.

Mais les militaires étaient jaloux de lui et auraient voulu le voir à mille lieues plus loin. « Qu’est-ce que tout cela deviendra? se disaient-ils entre eux; si nous avons quelque querelle avec lui, il se jettera sur nous et en abattra sept à chaque coup. Pas un de nous ne survivra. » Ils se résolurent d’aller trouver le roi et de lui demander tous leur congé. « Nous ne pouvons pas, lui dirent-ils, rester auprès d’un homme qui en abat sept d’un coup. »

Le roi était bien désolé de voir ainsi tous ses loyaux serviteurs l’abandonner; il aurait souhaité de n’avoir jamais vu celui qui en était la cause et s’en serait débarrassé volontiers. Mais il n’osait pas le congédier, de peur que cet homme terrible ne le tuât ainsi que son peuple pour s’emparer du trône.

Le roi, après y avoir beaucoup songé, trouva un expédient. Il envoya faire au petit tailleur une offre que celui-ci ne pouvait manquer d’accepter en sa qualité de héros. Il y avait dans une forêt du pays deux géants qui commettaient toutes sortes de brigandages, de meurtres et d’incendies. Personne n’approchait d’eux sans craindre pour ses jours. S’il parvenait à les vaincre et à les mettre à mort, le roi lui donnerait sa fille unique en mariage, avec la moitié du royaume pour dot. On mettait à sa disposition cent cavaliers pour l’aider au besoin. Le petit tailleur pensa que l’occasion d’épouser une jolie princesse était belle et ne se retrouverait pas tous les jours. Il déclara qu’il consentait à marcher contre les géants, mais qu’il n’avait que faire de l’escorte des cent cavaliers, celui qui en avait abattu sept d’un coup ne craignant pas deux adversaires à la fois.

Il se mit donc en marche suivi des cent cavaliers. Quand on fut arrivé à la lisière de la forêt, il leur dit de l’attendre, et qu’il viendrait à bout des géants à lui tout seul. Puis il entra dans le bois en regardant avec précaution autour de lui. Au bout d’un moment il aperçut les deux géants endormis sous un arbre et ronflant si fort que les branches en tremblaient. Le petit tailleur remplit ses deux poches de cailloux, et, montant dans l’arbre sans perdre de temps, il se glissa sur une branche qui s’avançait juste au-dessus des deux dormeurs et laissa tomber quelques cailloux, l’un après l’autre, sur l’estomac de l’un d’eux. Le géant fut longtemps sans rien sentir, mais à la fin il s’éveilla, et poussant son camarade il lui dit: « Pourquoi me frappes-tu?

– Tu rêves, dit l’autre, je ne t’ai pas touché. »

Ils se rendormirent. Le tailleur se mit alors à jeter une pierre au second. « Qu’y a-t-il? s’écria celui-ci, qu’est-ce que tu me jettes?

– Je ne t’ai rien jeté; tu rêves, » répondit le premier.

Ils se disputèrent quelque temps; mais, comme ils étaient fatigués, ils finirent par s’apaiser et se rendormir encore. Cependant le tailleur recommença son jeu, et choisissant le plus gros de ses cailloux, il le jeta de toutes ses forces sur l’estomac du premier géant. « C’est trop fort! » s’écria celui-ci; et se levant comme un forcené, il sauta sur son compagnon, qui lui rendit la monnaie de sa pièce. Le combat devint si furieux qu’ils arrachaient des arbres pour s’en faire des armes, et l’affaire ne cessa que lorsque tous les deux furent étendus morts sur le sol.

Alors le petit tailleur descendit de son poste. « Il est bien heureux, pensait-il, qu’ils n’aient pas aussi arraché l’arbre sur lequel j’étais perché; j’aurais été obligé de sauter sur quelque autre, comme un écureuil; mais on est leste dans notre métier. » Il tira son épée, et, après en avoir donné à chacun d’eux une couple de bons coups dans la poitrine, il revint trouver les cavaliers et leur dit: « C’est fini, je leur ai donné le coup de grâce; l’affaire a été chaude; ils voulaient résister, ils ont arraché des arbres pour me les lancer; mais à quoi servirait tout cela contre un homme comme moi, qui en abats sept d’un coup!

– N’êtes-vous pas blessé? demandèrent les cavaliers.

– Non, dit-il, je n’ai pas un cheveu de dérangé. »

Les cavaliers ne voulaient pas le croire; ils entrèrent dans le bois et trouvèrent en effet les géants nageant dans leur sang, et les arbres abattus de tous côtés autour d’eux.

Le petit tailleur réclama la récompense promise par le roi; mais celui-ci qui se repentait d’avoir engagé sa parole, chercha encore à se débarrasser du héros. « Il y a, lui dit-il, une autre aventure dont tu dois venir à bout avant d’obtenir ma fille et la moitié de mon royaume. Mes forêts sont fréquentées par une licorne qui y fait beaucoup de dégâts, il faut t’en emparer.

– Une licorne me fait encore moins peur que deux géants: Sept d’un coup, c’est ma devise. »

Il prit une corde et une hache et entra dans le bois, en ordonnant à ceux qui l’accompagnaient de l’attendre au dehors. Il n’eut pas à chercher longtemps; la licorne apparut bientôt, et elle s’élança sur lui pour le percer. « Doucement, doucement, dit-il; trop vite ne vaut rien. » Il resta immobile jusqu’à ce que l’animal fût tout près de lui, et alors il se glissa lestement derrière le tronc d’un arbre. La licorne, qui était lancée de toutes ses forces contre l’arbre, y enfonça sa corne si profondément qu’il lui fut impossible de la retirer, et qu’elle fut prise ainsi. « L’oiseau est en cage »se dit le tailleur, et sortant de sa cachette, il s’approcha de la licorne, lui passa sa corde autour du cou; à coups de hache il débarrassa sa corne enfoncée dans le tronc, et, quand tout fut fini, il amena l’animal devant le roi.

Mais le roi ne couvait se résoudre à tenir sa parôle; il lui posa encore une troisième condition. Il s’agissait de s’emparer d’un sanglier qui faisait de grands ravages dans les bois. Les chasseurs du roi avaient ordre de prêter main-forte. Le tailleur accepta en disant que ce n’était qu’un jeu d’enfants. Il entra dans le bois sans les chasseurs; et ils n’en furent pas fâchés, car le sanglier les avait déjà reçus maintes fois de telle façon qu’ils n’étaient nullement tentés d’y retourner. Dès que le sanglier eut aperçu le tailleur, il se précipita sur lui, en écumant et en montrant ses défenses aiguës pour le découdre; mais le léger petit homme se réfugia dans une chapelle qui était là tout près, et en ressortit aussitôt en sautant par la fenêtre. Le sanglier y avait pénétré derrière lui; mais en deux bonds le tailleur revint à la porte et la ferma, de sorte que la bête furieuse se trouva prise, car elle était trop lourde et trop massive pour s’enfuir par le même chemin. Après cet exploit, il appela les chasseurs pour qu’ils vissent le prisonnier de leurs propres yeux, et il se présenta au roi, auquel force fut cette fois de s’exécuter malgré lui et de lui donner sa fille et la moitié de son royaume. Il eût eu bien plus de mal encore a se décider s’il avait su que son gendre n’était pas un grand guerrier, mais un petit manieur d’aiguille. Les noces furent célébrées avec beaucoup de magnificence et peu de joie, et d’un tailleur on fit un roi.

Quelque temps après, la jeune reine entendit la nuit son mari qui disait en rêvant: « Allons, garçon, termine cette veste et ravaude cette culotte, ou sinon je te donne de l’aune sur les oreilles. » Elle comprit ainsi dans quelle arrière-boutique le jeune homme avait été élevé, et le lendemain elle alla se plaindre à son père, le priant de la délivrer d’un mari qui n’était qu’un misérable tailleur.

Le roi lui dit pour la consoler: « La nuit prochaine, laisse ta chambre ouverte; mes serviteurs se tiendront à la porte, et, quand il sera endormi, ils entreront, et le porteront chargé de chaînes sur un navire qui l’emmènera bien loin. »

La jeune femme était charmée; mais l’écuyer du roi, qui avait tout entendu et qui aimait le nouveau prince, alla lui découvrir le complot.

« J’y mettrai bon ordre, » lui dit le tailleur. Le soir il se coucha comme à l’ordinaire, et quand sa femme le crut bien endormi, elle alla ouvrir la porte et se recoucha à ses côtés. Mais le petit homme, qui faisait semblant de dormir, se mit à crier à haute voix: « Allons, garçon, termine cette veste et ravaude cette culotte, ou sinon je te donne de l’aune sur les oreilles. J’en ai abattu sept d’un coup, j’ai tué deux géants, chassé une licorne, pris un sanglier; aurais-je donc peur des gens qui sont blottis à ma porte? » En entendant ces derniers mots, ils furent tous pris d’une telle épouvante, qu’ils s’enfuirent comme s’ils avaient eu le diable à leurs trousses, et que jamais personne n’osa plus se risquer contre lui. Et de cette manière il conserva toute sa vie la couronne.

Devenir maman en Allemagne

Comme vous avez pu le voir sur la page Facebook il y a quelques jours, je vais devenir maman dans les prochains mois :). L’occasion pour moi d’aborder un nouveau sujet sur ce blog : la grossesse en Allemagne et plus tard, être maman. Pour ce premier article sur le sujet, je ne vais pas trop rentrer dans les détails, la grossesse en Allemagne est un sujet particulièrement vaste et on a vite fait de s’y perdre ;).

Le suivi de grossesse

De manière générale, la prise en charge de la grossesse est très suivie en Allemagne, nombres de Françaises  ayant eu une grossesse en France et une en Allemagne vantent les mérites de l’Allemagne en la matière. Et c’est vrai qu’une fois enceinte, on est suivi à la loupe! Ici, pas besoin de faire une prise pour confirmer la grossesse, il faut directement prendre rendez-vous chez son gynécologue qui fera une première échographie de confirmation. Donc au contraire de la France où la plupart des futures mamans doivent attendre l’échographie du premier trimestre aux alentours de la 12e semaine pour voir leur bébé, en Allemagne, on peut le voir dès la 6e semaine. Ensuite, c’est un rendez-vous par mois pour le suivi de grossesse avec à chaque fois prélèvement d’urine, contrôles de la tension et du poids ainsi que divers contrôles en fonction du mois, tout cela souvent réalisé par une assistante médicale. Et bien sûr, passage dans le bureau du gynéco pour une éventuelle échographie et questions sur le déroulement de la grossesse. En Allemagne comme en France, il y a trois échographies automatiques ainsi que celle pour confirmer la grossesse. Il est possible de faire faire plus d’échographies, mais cela est payant. Car là encore, les soins allemands restent fidèles à eux-mêmes, un service minimum, et le reste est à vos frais. Ainsi, pour le dépistage de la trisomie 21, il s’agit d’une échographie extra, donc payante. Eh oui. Attention, pour les grossesses qui présentent des risques, ces examens extra sont pris en charge par les assurances maladies, pour les autres, c’est le porte-monnaie qui paie. Et c’est rarement donné (environ 80€ pour l’examen pour dépister une éventuelle trisomie 21).

La grossesse et le travail

Une autre très grosse différence d’avec la France, c’est le rapport au travail de la femme enceinte. La Loi interdit à tous les employeurs de faire faire des heures supplémentaires, du travail de nuit ou des travaux particulièrement physiques ou dangereux aux femmes enceintes. De plus, et c’est là qu’est la différence majeure, selon les catégories de métiers, les femmes enceintes doivent passer des examens sanguins particuliers pour savoir si elles peuvent continuer à exercer leur métier en toute sécurité. Cela concerne entre autres les métiers de soin, les métiers où il y a un contact avec les animaux et … les métiers où il y a un contact avec les enfants! J’ai du donc moi aussi faire ses examens et  manque de chance, je ne suis pas immunisée contre deux maladies infantiles dangereuses pour le futur bébé. Les conséquences sont simples : j’ai une interdiction de travailler pour toute ma grossesse! Je suis donc à la maison pour les mois à venir, payée à ne rien faire. Ça en fait râler beaucoup, encore plus sont jaloux, mais personnellement, ça ne m’amuse pas du tout. Je suis quelqu’un d’actif et le contact avec les collègues et les enfants me manquent beaucoup.

J’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet dans les mois à venir et de vous en apprendre un peu plus certainement, en attendant, si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les poser, je me ferai un plaisir d’y répondre et cela pourrait m’orienter pour l’écriture des prochains articles 🙂

La princesse peau-de-souris

Pour commencer cet été à venir, voilà une jolie petite histoire de conte de fée qui amène en plus à un peu de réflexion sur ce qui est vraiment important dans la vie ;). Des frères Grimm, évidemment, le titre en allemand est Die Salzprinzessin 🙂

Un roi avait trois filles. Un jour, il voulut savoir laquelle d’entre elles l’aimait le plus. Il les appela près de lui et le leur demanda. L’aînée dit qu’elle l’aimait plus que le royaume tout entier; la deuxième, qu’elle l’aimait plus que toutes les pierres précieuses et que toutes les perles au monde; quant à la troisième, elle lui dit qu’elle l’aimait plus que le sel. Le roi se mit en colère que sa fille compare son amour pour lui avec une chose d’aussi peu de valeur. Il confia sa fille à un serviteur et lui ordonna de l’emmener dans la forêt et de la tuer.

Quand ils arrivèrent dans la forêt, la princesse supplia le serviteur de lui laisser la vie sauve. Celui-ci lui était dévoué et ne il l’aurait pas tuée, de toute façon. Il lui dit aussi qu’il allait rester près elle pour exécuter ses moindres ordres. Cependant, la princesse ne voulut rien d’autre qu’une robe faite en peau de souris, et une fois qu’il la lui eut apportée, elle s’en enveloppa et partit. Elle se rendit tout droit à la cour d’un roi voisin, se fit passer pour un homme et pria le roi de la prendre à son service. Le roi accepta et en fit son valet de chambre. Le soir, elle devait lui retirer ses bottes, et à chaque fois, il les lui jetait à la tête. Un jour, il lui demanda d’où elle venait. « Du pays où l’on ne jette pas les bottes à la tête des gens », lui répondit-elle. Cela éveilla la curiosité du roi. Finalement, ses serviteurs lui apportèrent un jour une bague. Peau-de-souris l’avait perdue, mais il avait dû la voler car elle était bien trop précieuse pour lui. Le roi fit venir Peau-de-souris et lui demanda d’où venait cette bague. Peau-de-souris ne put alors dissimuler plus longtemps qui elle était. Elle se débarrassa de la peau de souris qui l’enveloppait: ses cheveux blonds dorés s’en échappèrent et elle apparut si belle, mais si belle que le roi ôta immédiatement sa couronne pour la lui poser sur la tête, et il déclara qu’elle serait son épouse.

Le père de Peau-de-souris fut aussi invité au mariage. Il croyait que sa fille était morte depuis longtemps et il ne la reconnut pas. Mais, à table, tous les plats qu’on lui présenta avaient été préparés sans sel. Il se fâcha alors et dit: « J’aime mieux mourir, plutôt que manger des plats comme ceux-là! » Quand il eut dit ces mots, la reine s’adressa à lui: « Voilà qu’à présent, vous ne voulez plus vivre sans sel, et cependant, vous avez voulu me tuer, un jour, pour avoir dit que je vous aimais plus que le sel! » Le roi reconnut alors sa fille. Il l’embrassa et lui demanda de lui pardonner, et maintenant qu’il l’avait retrouvée, elle lui était plus chère que son royaume et que toutes les pierres précieuses au monde.

ARD/WDR DIE SALZPRINZESSIN, « Sechs auf einen Streich », Buch: Anja Jabs, Regie: Zoltan Spirandelli, am Freitag (25.12.15) um 14:00 Uhr im ERSTEN.
Prinzessin Amélie (Leonie Brill).
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Schützenfest

A l’approche de l’été, de nouvelles parades défilent dans les villes (moyennes et petits mais moins les grandes villes) et peut être aurez vous l’occasion d’en voir une si vous vous trouvez là à ce moment-là. Vous verrez de belles dames en robes de princesse, des calèches et surtout de nombreux hommes en habits de chasseurs traditionnels. Il s’agit du défilé de la Schützenfest, la fêtes des associations de tirs (Schützenverein).

Ces associations de tirs sont encore très répandues en Allemagne et très appréciées. Loin d’être un club de chasseurs, il s’agit juste d’un club de tirs (en salle) et chaque année, un tournoi est organisé et ouvert à tous pour déterminer le nouveau roi du tir (Schützenkönig). Pour devenir roi, il faut savoir tirer, évidemment, et la cible, c’est un oiseau en bois perché à plusieurs mètres au dessus du sol. Du fait de la constitution de la cible, il faut du temps avant de le faire tombe et ainsi, le roi est rarement celui qui tire le mieux mais celui qui a fini par faire tomber les restes de bois. Pour devenir reine, rien de bien compliqué, il faut simplement être la femme du vainqueur :).

Pour en revenir à la Schützenfest, c’est le défilé de ces différentes associations de tirs que regroupent une ville/un quartier accompagnées de fanfares (les connaisseurs reconnaîtront les airs de carnaval). Chaque groupe défile dans son costume traditionnel et les reines arborent de magnifiques robes de soirées qui ont souvent plus de valeurs que leur propre robe de mariée! Être reine du tir, c’est devoir se montrer sous son plus beau jour et montrer qu’on a les « moyens » d’être reine!

La Schützenfest considérée comme étant la plus grande du monde est celle de Neuss, à côté de Düsseldorf, qui se déroule fin août. L’an dernier, plus de 7.500 personnes ont participé à ce défilé et ce défilé attire plus d’un million de spectateur (sachant que Neuss ne compte que 150.000 habitants!). Alors si vous êtes dans la région à cette période, allez y faire un tour, ça vaut le détour!

Histoire de celui qui s’en alla apprendre la peur

En ce début du mois de juin, voici un nouveau conte des frères Grimm 🙂

Un père avait deux fils. Le premier était réfléchi et intelligent. Il savait se tirer de toute aventure. Le cadet en revanche était sot, incapable de comprendre et d’apprendre. Quand les gens le voyaient, ils disaient : « Avec lui, son père n’a pas fini d’en voir. » Quand il y avait quelque chose à faire, c’était toujours à l’aîné que revenait la tâche, et si son père lui demandait d’aller chercher quelque chose, le soir ou même la nuit, et qu’il fallait passer par le cimetière ou quelque autre lieu terrifiant, il répondait : « Oh non ! père, je n’irai pas, j’ai peur. » Car il avait effectivement peur. Quand, à la veillée, on racontait des histoires à donner la chair de poule, ceux qui les entendaient disaient parfois : « Ça me donne le frisson ! » Le plus jeune des fils, lui, assis dans son coin, écoutait et n’arrivait pas à comprendre ce qu’ils voulaient dire. « Ils disent toujours : « ça me donne la chair de poule ! ça me fait frissonner ! » Moi, jamais ! Voilà encore une chose à laquelle je ne comprends rien. »Il arriva qu’un jour son père lui dit :
– Écoute voir, toi, là dans ton coin ! Tu deviens grand et fort. Il est temps que tu apprennes à gagner ton pain. Tu vois comme ton frère se donne du mal.
– Eh ! père, répondit-il, j’apprendrais bien volontiers. Si c’était possible, je voudrais apprendre à frissonner. C’est une chose que j’ignore totalement.
Lorsqu’il entendit ces mots, l’aîné des fils songea : « Seigneur Dieu ! quel crétin que mon frère ! Il ne fera jamais rien de sa vie. » Le père réfléchit et dit :
– Tu apprendras bien un jour à avoir peur. Mais ce n’est pas comme ça que tu gagneras ton pain.
Peu de temps après, le bedeau vint en visite à la maison. Le père lui conta sa peine et lui expliqua combien son fils était peu doué en toutes choses.
– Pensez voir ! Quand je lui ai demandé comment il ferait pour gagner son pain, il a dit qu’il voulait apprendre à frissonner !
– Si ce n’est que ça, répondit le bedeau, je le lui apprendrai. Confiez-le-moi.
Le père était content ; il se disait : « On va le dégourdir un peu. » Le bedeau l’amena donc chez lui et lui confia la tâche de sonner les cloches. Au bout de quelque temps, son maître le réveilla à minuit et lui demanda de se lever et de monter au clocher pour carillonner. « Tu vas voir ce que c’est que d’avoir peur », songeait-il. Il quitta secrètement la maison et quand le garçon fut arrivé en haut du clocher, comme il s’apprêtait à saisir les cordes, il vit dans l’escalier, en dessous de lui, une forme toute blanche.
– Qui va là ? cria-t-il.
L’apparition ne répondit pas, ne bougea pas.
– Réponds ! cria le jeune homme. Ou bien décampe ! Tu n’as rien à faire ici !
Le bedeau ne bougeait toujours pas. Il voulait que le jeune homme le prit pour un fantôme. Pour la deuxième fois, celui-ci cria :
– Que viens-tu faire ici ? Parle si tu es honnête homme. Sinon je te jette au bas de l’escalier.
Le bedeau pensa : « Il n’en fera rien.  » Il ne répondit pas et resta sans bouger. Comme s’il était de pierre. Alors le garçon l’avertit pour la troisième fois et comme le fantôme ne répondait toujours pas, il prit son élan et le précipita dans l’escalier. L’apparition dégringola d’une dizaine de marches et resta là allongée. Le garçon fit sonner les cloches, rentra à la maison, se coucha sans souffler mot et s’endormit.
La femme du bedeau attendit longtemps son mari. Mais il ne revenait pas. Finalement, elle prit peur, réveilla le jeune homme et lui demanda :
– Sais-tu où est resté mon mari ? Il est monté avant toi au clocher.
– Non, répondit-il, je ne sais pas. Mais il y avait quelqu’un dans l’escalier et comme cette personne ne répondait pas à mes questions et ne voulait pas s’en aller, je l’ai prise pour un coquin et l’ai jetée au bas du clocher. Allez-y, vous verrez bien si c’était votre mari. Je le regretterais.
La femme s’en fut en courant et découvrit son mari gémissant dans un coin, une jambe cassée. Elle le ramena à la maison, puis se rendit en poussant de grands cris chez le père du jeune homme :
– Votre garçon a fait des malheurs, lui dit-elle. Il a jeté mon mari au bas de l’escalier, où il s’est cassé une jambe. Débarrassez notre maison de ce vaurien !
Le père était bien inquiet. Il alla chercher son fils et lui dit :
– Quelles sont ces façons, mécréant ! C’est le diable qui te les inspire !
– Écoutez-moi, père, répondit-il. Je suis totalement innocent. Il se tenait là, dans la nuit, comme quelqu’un qui médite un mauvais coup. Je ne savais pas qui c’était et, par trois fois, je lui ai demandé de répondre ou de partir.
– Ah ! dit le père, tu ne me feras que des misères. Disparais !
– Volontiers, père. Attendez seulement qu’il fasse jour. Je voyagerai pour apprendre à frissonner. Comme ça, je saurai au moins faire quelque chose pour gagner mon pain.
– Apprends ce que tu veux, dit le père. Ça m’est égal ! Voici cinquante talents, va par le monde et surtout ne dis à personne d’où tu viens et qui est ton père.
– Qu’il en soit fait selon votre volonté, père. Si c’est là tout ce que vous exigez, je m’y tiendrai sans peine.
Quand vint le jour, le jeune homme empocha les cinquante talents et prit la route en se disant : « Si seulement j’avais peur ! si seulement je frissonnais ! »Arrive un homme qui entend les paroles que le garçon se disait à lui-même. Un peu plus loin, à un endroit d’où l’on apercevait des gibets, il lui dit :
– Tu vois cet arbre ? Il y en a sept qui s’y sont mariés avec la fille du cordier et qui maintenant prennent des leçons de vol. Assieds-toi là et attends que tombe la nuit. Tu sauras ce que c’est que de frissonner.
– Si c’est aussi facile que ça, répondit le garçon, c’est comme si c’était déjà fait. Si j’apprends si vite à frissonner, je te donnerai mes cinquante talents. Tu n’as qu’à revenir ici demain matin.
Le jeune homme s’installa sous la potence et attendit que vînt le soir. Et comme il avait froid, il alluma du feu. À minuit le vent était devenu si glacial que, malgré le feu, il ne parvenait pas à se réchauffer. Et les pendus s’entrechoquaient en s’agitant de-ci, de-là. Il pensa : « Moi, ici, près du feu, je gèle. Comme ils doivent avoir froid et frissonner, ceux qui sont là-haut ! » Et, comme il les prenait en pitié, il appliqua l’échelle contre le gibet, l’escalada, décrocha les pendus les uns après les autres et les descendit tous les sept. Il attisa le feu, souffla sur les braises et disposa les pendus tout autour pour les réchauffer. Comme ils ne bougeaient pas et que les flammes venaient lécher leurs vêtements, il dit :
– Faites donc attention ! Sinon je vais vous rependre là-haut !
Les morts, cependant, n’entendaient rien, se taisaient et laissaient brûler leurs loques. Le garçon finit par se mettre en colère.
– Si vous ne faites pas attention, dit-il, je n’y puis rien ! je n’ai pas envie de brûler avec vous.
Et, l’un après l’autre, il les raccrocha au gibet. Il se coucha près du feu et s’endormit. Le lendemain, l’homme s’en vint et lui réclama les cinquante talents :
– Alors, sais-tu maintenant ce que c’est que d’avoir le frisson ? lui dit-il.
– Non, répondit le garçon. D’où le saurais-je ? Ceux qui sont là-haut n’ont pas ouvert la bouche, et ils sont si bêtes qu’ils ont laissé brûler les quelques hardes qu’ils ont sur le dos.
L’homme comprit qu’il n’obtiendrait pas les cinquante talents ce jour-là et s’en alla en disant : « Je n’ai jamais vu un être comme celui-là ! »
Le jeune homme reprit également sa route et se dit à nouveau, parlant à haute voix .
– Ah ! si seulement j’avais peur ! Si seulement je savais frissonner !
Un cocher qui marchait derrière lui l’entendit et demanda :
– Qui es-tu ?
– Je ne sais pas, répondit le garçon.
Le cocher reprit :
– D’où viens-tu ?
– Je ne sais pas, rétorqua le jeune homme.
– Qui est ton père ?
– Je n’ai pas le droit de le dire.
– Que marmonnes-tu sans cesse dans ta barbe ?
– Eh ! répondit le garçon, je voudrais frissonner. Mais personne ne peut me dire comment j’y arriverai.
– Cesse de dire des bêtises ! reprit le cocher. Viens avec moi !
Le jeune homme accompagna donc le cocher et, le soir, ils arrivèrent à une auberge avec l’intention d’y passer la nuit. En entrant dans sa chambre, le garçon répéta à haute et intelligible voix :
– Si seulement j’avais peur ! Si seulement je savais frissonner !
L’aubergiste l’entendit et dit en riant :
– Si vraiment ça te fait plaisir, tu en auras sûrement l’occasion chez moi.
– Tais-toi donc ! dit sa femme. À être curieux, plus d’un a déjà perdu la vie , et ce serait vraiment dommage pour ses jolis yeux s’ils ne devaient plus jamais voir la lumière du jour.
Mais le garçon répondit :
– Même s’il fallait en arriver là, je veux apprendre à frissonner. C’est d’ailleurs pour ça que je voyage.
Il ne laissa à l’aubergiste ni trêve ni repos jusqu’à ce qu’il lui dévoilât son secret. Non loin de là, se trouvait un château maudit, dans lequel il pourrait certainement apprendre ce que c’était que d’avoir peur, en y passant seulement trois nuits. Le roi avait promis sa fille en mariage à qui tenterait l’expérience et cette fille était la plus belle qu’on eût jamais vue sous le soleil. Il y avait aussi au château de grands trésors gardés par de mauvais génies dont la libération pourrait rendre un pauvre très riche. Bien des gens étaient déjà entrés au château, mais personne n’en était jamais ressorti. Le lendemain, le jeune homme se rendit auprès du roi :
– Si vous le permettez, je voudrais bien passer trois nuits dans le château.
Le roi l’examina, et comme il lui plaisait, il répondit :
– Tu peux me demander trois choses. Mais aucune d’elles ne saurait être animée et tu pourras les emporter avec toi au château.
Le garçon lui dit alors :
– Eh bien ! je vous demande du feu, un tour et un banc de ciseleur avec un couteau.
Le jour même, le roi fit porter tout cela au château. À la tombée de la nuit, le jeune homme s’y rendit, alluma un grand feu dans une chambre, installa le tabouret avec le couteau tout à côté et s’assit sur le tour.
– Ah ! si seulement je pouvais frissonner ! dit-il. Mais ce n’est pas encore ici que je saurai ce que c’est.
Vers minuit, il entreprit de ranimer son feu. Et comme il soufflait dessus, une voix retentit tout à coup dans un coin de la chambre :
– Hou, miaou, comme nous avons froid !
– Bande de fous ! s’écria-t-il. Pourquoi hurlez-vous comme ça ? Si vous avez froid, venez ici, asseyez-vous près du feu et réchauffez-vous !
À peine eut-il prononcé ces paroles que deux gros chats noirs, d’un bond formidable, sautèrent vers lui et s’installèrent de part et d’autre du garçon en le regardant d’un air sauvage avec leurs yeux de braise. Quelque temps après, s’étant réchauffés, ils dirent :
– Si nous jouions aux cartes, camarade ?
– Pourquoi pas ! répondit-il, mais montrez-moi d’abord vos pattes.
Les chats sortirent leurs griffes.
– Holà ! dit-il. Que vos ongles sont longs ! attendez ! il faut d’abord que je vous les coupe.
Il les prit par la peau du dos, les posa sur l’étau et leur y coinça les pattes.
– J’ai vu vos doigts, dit-il, j’en ai perdu l’envie de jouer aux cartes.
Il les tua et les jeta par la fenêtre dans l’eau d’un étang . À peine s’en était-il ainsi débarrassé que de tous les coins et recoins sortirent des chats et des chiens, tous noirs, tirant des chaînes rougies au feu. Il y en avait tant et tant qu’il ne pouvait leur échapper. Ils criaient affreusement, dispersaient les brandons du foyer, piétinaient le feu, essayaient de l’éteindre. Tranquillement, le garçon les regarda faire un moment. Quand il en eut assez, il prit le couteau de ciseleur et dit :
– Déguerpissez, canailles !
Et il se mit à leur taper dessus. Une partie des assaillants s’enfuit ; il tua les autres et les jeta dans l’étang. Puis il revint près du feu, le ranima en soufflant sur les braises et se réchauffa. Bientôt, il sentit ses yeux se fermer et eut envie de dormir. Il regarda autour de lui et vit un grand lit, dans un coin.
– Voilà ce qu’il me faut, dit-il.
Et il se coucha. Comme il allait s’endormir, le lit se mit de lui-même à se déplacer et à le promener par tout le château.
– Très bien ! dit-il. Plus vite !
Le lit partit derechef comme si une demi-douzaine de chevaux y étaient attelés, passant les portes, montant et descendant les escaliers. Et tout à coup, il versa sens dessus dessous hop ! et le garçon se retrouva par terre avec comme une montagne par-dessus lui. Il se débarrassa des couvertures et des oreillers, se faufila de dessous le lit et dit :
– Que ceux qui veulent se promener se promènent.
Et il se coucha auprès du feu et dormit jusqu’au matin.
Le lendemain, le roi s’en vint au château. Quand il vit le garçon étendu sur le sol, il pensa que les fantômes l’avaient tué. Il murmura :
– Quel dommage pour un si bel homme!
Le garçon l’entendit, se leva, et dit :
– Je n’en suis pas encore là !
Le roi s’étonna, se réjouit et lui demanda comment les choses s’étaient passées.
– Très bien. Voilà une nuit d’écoulée, les autres se passeront bien aussi.
Quand il arriva chez l’aubergiste, celui-ci ouvrit de grands yeux.
– Je n’aurais jamais pensé, dit-il, que je te reverrais vivant. As- tu enfin appris à frissonner ?
– Non ! répondit-il ; tout reste sans effet. Si seulement quelqu’un pouvait me dire comment faire !
Pour la deuxième nuit, il se rendit à nouveau au château, s’assit auprès du feu et reprit sa vieille chanson : « Ah ! si seulement je pouvais frissonner. » À minuit on entendit des bruits étranges. D’abord doucement, puis toujours plus fort, puis après un court silence, un grand cri. Et la moitié d’un homme arrivant par la cheminée tomba devant lui.
– Holà ! cria-t-il. Il en manqua une moitié. Ça ne suffit pas comme ça !
Le vacarme reprit. On tempêtait, on criait. Et la seconde moitié tomba à son tour de la cheminée.
– Attends, dit le garçon ; je vais d’abord ranimer le feu pour toi.
Quand il l’eut fait, il regarda à nouveau autour de lui : les deux moitiés s’étaient rassemblées et un homme d’affreuse mine s’était assis à la place qu’occupait le jeune homme auparavant.
– Ce n’est pas ce que nous avions convenu, dit-il. Ce tour est à moi !
L’homme voulut l’empêcher de s’y asseoir mais il ne s’en laissa pas conter. Il le repoussa avec violence et reprit sa place. Beaucoup d’autres hommes se mirent alors à dégringoler de la cheminée les uns après les autres et ils apportaient neuf tibias et neuf têtes de mort avec lesquels ils se mirent à jouer aux quilles. Le garçon eut envie d’en faire autant.
– Dites, pourrais-je jouer aussi ?
– Oui, si tu as de l’argent.
– J’en ai bien assez, répondit-il ; mais vos boules ne sont pas rondes.
Il prit les têtes de mort, s’installa à son tour et en fit de vraies boules.
– Comme ça elles rouleront mieux, dit-il. En avant ! on va rire !
Il joua et perdit un peu de son argent. Quand sonna une heure, tout avait disparu. Au matin, le roi vint aux renseignements.
– Que t’est-il arrivé cette fois-ci ? demanda-t-il.
– J’ai joué aux quilles, répondit le garçon, et j’ai perdu quelques deniers.
– Tu n’as donc pas eu peur ?
– Eh ! non ! dit-il, je me suis amusé ! Si seulement je savais frissonner !
La troisième nuit, il s’assit à nouveau sur son tour et dit tristement :
– Si seulement je pouvais frissonner !
Quand il commença à se faire tard, six hommes immenses entrèrent dans la pièce portant un cercueil.
– Hi ! Hi ! Hi ! dit le garçon, voilà sûrement mon petit cousin qui est mort il y a quelques jours seulement.
Du doigt, il fit signe au cercueil et s’écria :
– Viens, petit cousin, viens !
Les hommes posèrent la bière sur le sol ; il s’en approcha et souleva le couvercle. Un mort y était allongé. Il lui toucha le visage. Il était froid comme de la glace.
– Attends, dit-il, je vais te réchauffer un peu. Il alla près du feu, s’y réchauffa la main et la posa sur la figure du mort. Mais celui-ci restait tout froid. Alors il le sortit du cercueil, s’assit près du feu et l’installa sur ses genoux en lui frictionnant les bras pour rétablir la circulation du sang. Comme cela ne servait à rien, il songea tout à coup qu’il suffit d’être deux dans un lit pour avoir chaud. Il porta le cadavre sur le lit, le recouvrit et s’allongea à ses côtés. Au bout d’un certain temps, le mort se réchauffa et commença à bouger.
– Tu vois, petit cousin, dit le jeune homme, ne t’ai-je pas bien réchauffé ?
Mais le mort, alors, se leva et s’écria:
– Maintenant, je vais t’étrangler !
– De quoi ! dit le garçon, c’est comme ça que tu me remercies ? retourne au cercueil !
Il le ceintura, et le jeta dans la bière en refermant le couvercle. Les six hommes arrivèrent alors et l’emportèrent.
– Je ne réussis pas à frissonner, dit-il. Ce n’est décidément pas ici que je l’apprendrai.
À ce moment précis entra un homme plus grand que tous les autres et qui avait une mine effrayante. Il était vieux et portait une longue barbe blanche.
– Pauvre diable, lui dit-il, tu ne tarderas pas à savoir ce que c’est que de frissonner : tu vas mourir !
– Pas si vite ! répondit le garçon. Pour que je meure, il faudrait d’abord que vous me teniez.
– Je finirai bien par t’avoir ! dit le monstrueux bonhomme.
– Tout doux, tout doux ! ne te gonfle pas comme ça ! je suis aussi fort que toi. Et même bien plus fort !
– C’est ce qu’on verra, dit le vieux. Si tu es plus fort que moi, je te laisserai partir. Viens, essayons!
Il le conduisit par un sombre passage dans une forge, prit une hache et d’un seul coup, enfonça une enclume dans le sol.
– Je ferai mieux, dit le jeune homme en s’approchant d’une autre enclume.
Le vieux se plaça à côté de lui, laissant pendre sa barbe blanche. Le garçon prit la hache, fendit l’enclume d’un seul coup et y coinça la barbe du vieux.
– Et voilà ! je te tiens ! dit-il, à toi de mourir maintenant !
Il saisit une barre de fer et se mit à rouer de coups le vieux jusqu’à ce que celui-ci éclatât en lamentations et le suppliât de s’arrêter en lui promettant mille trésors. Le jeune homme débloqua la hache et libéra le vieux qui le reconduisit au château et lui montra, dans une cave, trois caisses pleines d’or.
– Il y en a une pour les pauvres, une pour le roi et la troisième sera pour toi, lui dit-il.
Sur quoi, une heure sonna et le méchant esprit disparut. Le garçon se trouvait au milieu d’une profonde obscurité.
– Il faudra bien que je m’en sorte, dit-il. Il tâtonna autour de lui, retrouva le chemin de sa chambre et s’endormit auprès de son feu. Au matin, le roi arriva et dit :
– Alors, as-tu appris à frissonner ?
– Non, répondit le garçon, je ne sais toujours pas. J’ai vu mon cousin mort et un homme barbu est venu qui m’a montré beaucoup d’or. Mais personne ne m’a dit ce que signifie frissonner.
Le roi dit alors :
– Tu as libéré le château de ses fantômes et tu épouseras ma fille.
– Bonne chose ! répondit-il, mais je ne sais toujours pas frissonner.
On alla chercher l’or et les noces furent célébrées. Mais le jeune roi continuait à dire : « Si seulement j’avais peur, si seulement je pouvais frissonner ! » La reine finit par en être contrariée. Sa camériste dit :
– Je vais l’aider à frissonner.
Elle se rendit sur les bords du ruisseau qui coulait dans le jardin et se fit donner un plein seau de goujons. Durant la nuit, alors que son époux dormait, la princesse retira les couvertures et versa sur lui l’eau et les goujons, si bien que les petits poissons frétillaient tout autour de lui. Il s’éveilla et cria :
– Ah ! comme je frissonne, chère femme ! Ah ! Oui, maintenant je sais ce que c’est que de frissonner.